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dijous, 14 de juliol de 2016

Referéndum o democracia

Un référendum en Grande-Bretagne ? C’est une aberration. Puisqu’il revient aux Britanniques d’avoir inventé la démocratie dite « représentative », de manière à contourner les passions populaires et aboutir à des décisions réfléchies. Et il appartient au philosophe anglais Edmund Burke d’avoir mis en forme cette théorie de la représentativité ; de par le monde, il est considéré comme le père intellectuel des démocraties contemporaines. Burke, il y a plus de trois siècles, nous mit en garde sur le risque de confusion entre démocratie authentique et exaltation populaire ; un Parlement lui paraissait le juste intermédiaire pour prendre le temps de la délibération et adopter des lois qui ne seraient pas regrettées, dès le lendemain, par leurs auteurs mêmes. Depuis lors, l’histoire des référendums a justifié l’intuition de Burke : partout, le référendum conduit à des aberrations, à l’exception de la Suisse parce qu’il est ancré dans les mœurs et s’applique dans des cantons de taille assez modeste pour que l’on y délibère. Cette exception vaut aussi pour quelques Etats de l’Ouest américain qui perpétuent, pour les affaires locales, cette tradition de la démocratie directe : la légalisation récente du cannabis au Colorado s’est faite par référendum d’initiative populaire.

Partout ailleurs, le référendum conduit à des conséquences regrettables, le Brexit n’en étant que la plus récente manifestation. Le résultat n’aurait pas dû surprendre tant il s’inscrit dans une histoire malheureuse, une histoire qui reste à écrire. Les référendums n’ont eu pour objet principal que d’approuver les coups d’Etat et exalter les passions nationalistes. En France, les deux Napoléon y eurent recours, ainsi que le Général de Gaulle, de nombreux caudillos en Amérique latine et Adolf Hitler : un palmarès peu glorieux. Ces plébiscites ne font appel au peuple que pour contourner le peuple, en attisant une passion passagère et en formulant la question de manière biaisée : ce que De Gaulle résuma par « Moi ou la chaos ? », question à laquelle il est difficile de répondre Non.

Les référendums ont aussi beaucoup servi pour inventer des nations, en particulier après le Traité de Versailles de 1920. Découpant l’Europe sans égards pour les minorités, les auteurs du Traité faisaient ratifier leur arbitraire par des votes populaires. Ces scrutins étaient-ils démocratiques ? Absolument pas : la démocratie n’est pas l’écrasement des minorités par la majorité, mais le respect des droits des minorités comme limite à la toute puissance de cette majorité. Les appels présents à référendum des indépendantistes, en Catalogne ou en Corse, après l’Ecosse, s’inscrivent dans cette haïssable logique de mépris des minorités. L’argument des indépendantistes, comme celui de tous les auteurs de plébiscites, relève d’une entourloupe que l’on peut faire remonter à Jean-Jacques Rousseau : le mythe de la « volonté générale ». Celle-ci n’a jamais existé que dans le cerveau fumeux du philosophe et de ses disciples révolutionnaires français à qui l’on doit, comme application pratique, la Terreur de 1793.| GUY SORMAN 
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